Le Stade passe la cinquième

Samedi 26 avril 2008
Le Stade passe la cinquième

A Londres (Twickenham) - Stade Toulousain bat London Irish 21 à 15 (mi-temps :  15-10)
Temps agréable; belle pelouse; 30.000 spectateurs environ; arbitrage de M. Lewis (Irl).
Pour le Stade Toulousain : 2 essais de Ahotaeiloa (36), Servat (38); 3 pénalités d'Elissalde (11, 49, 51) ; 1 transformation d'Elissalde (38).
Pour les London Irish : 2 essais de Ojo (18), Tagicakibau (45); 1 pénalité de Hewat (15) ; 1 transformation de Hewat (18).
Stade Toulousain : Heymans ; Médard, Ahotaeiloa (puis Nyanga, 72), Jauzion, Donguy; (o) Elissalde, (m) Kelleher ; Nyanga (puis Dusautoir, 60), Sowerby, Bouilhou (puis Lamboley, 75); Albacete, Pelous (cap, puis Millo, 69)) ; Perugini (puis Hasan, 69), Servat (puis Basualdo, 76), Human.
London Irish : Hewat ; Ojo, P. Richards, Mapusua, Tagicakibau ; (o) Geraghty, (m) P. Hodgson ; S. Armitage, P. Murphy, Danaher ; Casey (cap), N. Kennedy ; Rautenbach, Paice, D. Murphy.

En remportant son match face aux London Irish, le Stade Toulousain a gagné le droit de disputer la finale de la H Cup 2007-2008. Ce sera au Millennium, le 24 mai prochain, et après Cardiff (1996), Perpignan (2003), les Wasps (2004) et le Stade français (2005), les Rouge et Noir se frotteront au vainqueur de l'autre demi-finale, qui oppose dimanche les Saracens au Munster. 80 minutes seulement séparent donc les Stadistes d'un quatrième sacre européen, ce qui ferait d'eux les recordmen absolus en la matière.
La préparation de la semaine avait été perturbée, sportivement parlant, par les incertitudes planant autour de Thierry Dusautoir et Valentin Courrent. Le premier, qui se sentait apte à jouer depuis le milieu de la semaine car physiquement dans une forme ascendante, a finalement été déclaré bon pour le service le jour-même de la rencontre. Le second, au contraire, n'était pas remis du pépin musculaire à la cuisse connu en début de semaine et était in fine forfait. Compte-tenu du contexte, les lignes arrières ne décelaient aucune surprise. Il y avait en effet longtemps, du 9 au 15, que la composition était connue. A l'avant, on relevait la titularisation de Jean Bouilhou, expert dans les airs, pour tenter de contrer le redoutable alignement des Irish. En première ligne, autour de William Servat, c'étaient Daan Human et Salvatore Perugini qui étaient retenus. Tout cela, on l'aura compris, relevait du classique absolu.

Le coup d'envoi était donné dans un stade sonnant désespérément vide pour une rencontre de cette importance. Dès la 2ème minute, les Irish se montraient dangereux, en tapant un coup de pied par Hewat bien dosé dans l'en-but toulousain. Fort heureusement, alors que le danger était réel, Donguy était le premier sur le ballon et aplatissait pour un renvoi aux 22. 
Un temps sous la pression anglaise, les Toulousains réagissaient bien par la suite et occupaient le camp adverse. Certes, un ballon mal jugé par Donguy (et finalement récupéré par Heymans) faisait passer quelques sueurs froides dans le camp toulousain, mais globalement, les Rouge et Noir étaient dans le match.
Les efforts stadistes se poursuivaient, et un intelligent ballon tapé au pied par Elissalde n'était pas loin d'être exploité. Clairement sur le reculoir, les Irish concédaient une pénalité à la 11ème minute. Elissalde, collé à la ligne de touche, ouvrait le score. Cet avantage, du reste, ne durait pas : Toulouse était à son tour sanctionné sur un regroupement et Hewat, de 30 mètres face aux perches, égalisait (3-3, 15ème).
Sur leur lancée, les Anglais marquaient le premier essai du match. Bien parti sur son aile, Ojo échappait au plaquage d'Elissalde, repiquait au centre, et Heymans, en position de dernier défenseur, laissait échapper le joueur londonien. L'essai était au bout, transformé par Hewat.
Mené de sept points, le Stade réagissait dès le coup d'envoi, avec une belle percée de Kelleher au coeur de la défense adverse. Le demi de mêlée était repris à quinze mètres de l'en-but, et le ballon était récupéré par les London Irish (on pouvait d'ailleurs se féliciter que ces derniers choisissent sur ce coup-là de dégager leur camp, car en relançant, une nette supériorité numérique aurait pu mettre à mal le camp toulousain).
 Quelques secondes plus tard, le Stade obtenait une pénalité, mais le coup de pied d'Elissalde, dévissé, ne trouvait pas la cible. A la demi-heure de jeu, une magnifique séquence toulousaine, sans aucun doute la plus belle depuis le coup d'envoi, voyait Pelous prendre le trou. Le deuxième ligne choisissait une passe sautée sur Donguy. C'était un quitte ou double : en cas de succès, l'essai était imparable. Hélas, un en-avant de passe était justement signalé...
Il y avait de quoi enrager, mais cette action montrait bien que les Toulousains, quand ils produisaient du jeu, avaient largement de quoi prendre en défaut la défense anglaise. 
Cette tendance était confirmée peu de temps après. A la conclusion d'un mouvement d'école où Kelleher, Elissalde et Médard touchaient la balle, Ahotaeiloa marquait son premier essai sous les couleurs toulousaines. Elissalde ne transformait pas, et le Stade restait derrière pour deux petits points.
Désormais nettement dominateurs, les Rouge et Noir semblaient se procurer une occasion d'essai sur chacune de leurs attaques. Ainsi, à la 38ème minute, la passe de Heymans à Médard ne trouvait pas sa cible alors que le décalage semblait fait. 
Les hommes de Novès étaient finalement récompensés à deux minutes de la pause. Sur une touche à cinq mètres, un maul se structurait, dont s'extirpait Servat pour un essai en force. Elissalde transformait, et c'était avec cinq points d'avance que Toulouse regagnait les vestiaires (15-10).

La deuxième période avait à peine débuté qu'Elissalde interceptait une passe sur un mouvement des trois-quarts anglais. Il commettait un en-avant sur un ballon difficile à contrôler, alors que le coup semblait promis à l'essai. Toulouse n'allait pas avoir le temps de le regretter que Tagicakibau héritait sur son aile d'un ballon à priori anodin. Mais l'ailier se débarrassait coup sur coup de Heymans puis Médard pour aller à l'essai. Hewat manquait nettement la transformation, et les deux équipes étaient désormais dos à dos (15-15).
Le coup était rude pour les Toulousains, mais ils prouvaient qu'ils avaient de la ressource. A la 49ème, sur une pénalité consécutive à un hors-jeu de ligne, Elissalde redonnait l'avantage aux siens (18-15). Le demi d'ouverture, quasiment dans la foulée, exploitait un ballon gardé au sol par un Irish pour passer un coup de pied de près de 50 mètres. Le Stade menait de six points (21-15).
Le Stade avait le vent en poupe. Toujours dans la continuité, le formidable Pelous prenait le trou et s'échappait sur une vingtaine de mètres. Quel dommage qu'il n'ait pas pu servir, avant d'être repris, Bouilhou arrivé en renfort, car dans ce cas, le troisième essai aurait pu être au bout.
Le jeu s'équilibrait par la suite, et les opportunités toulousaines se raréfiaient. Au contraire, un nouveau rush d'Ojo, qui perçait sur trente mètres avant d'être relayé par Tagicakinau, manquait d'aller à dame. Heureument, Kelleher surgissait de nulle part et poussait l'ailier en touche.
Les London Irish, clairement, n'avaient pas abdiqué. Hewat, sur une pénalité tentée depuis la ligne médiane, voyait son coup de pied passer à une poignée de centimètres du poteau. Le Stade maintenait son avance. 
Les minutes définaient, et si globalement, les Anglais dominaient en terme de possession, la défense rouge et noire les empêchait de gagner du terrain. A la 74ème minute, une offensive interminable de la part des Irish mettait au supplice le camp toulousain. A trois reprises, au moins, on pensait l'essai au bout, mais à chaque fois, un défenseur toulousaine venait jouer les pompiers de service et sauvait les meubles. L'action se terminait sur une faute au sol anglaise et on venait d'assister, à n'en pas douter, au tournant du match.
Le score en restait là, et Toulouse tenait sa finale. Comment ne pas souligner en guise de conclusion l'extraordinaire comportement des supporters toulousains, qui, à un contre trente, n'ont eu de cesse de se faire entendre tout au long du match ? Peut-être autant que l'abnégation des joueurs, leur comportement exemplaire avait été la source de cette qualification.